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des moulins et des gens d'ici
par Guylaine Hudon le 2016-07-28

Des moulins et des gens d’ici

On a retrouvé le moulin seigneurial de L’Islet!

Bien avant le moulin de l’actuelle Auberge des Glacis, apparus très tard dans l’histoire du régime seigneurial, d’autres moulins seigneuriaux ont moulu à L’Islet. Celui reconnu comme « le » moulin seigneurial nous intéressera plus particulièrement. Il était connu des documents anciens, mais sa véritable identité est maintenant dévoilée. Procédons logiquement pour découvrir ce moulin et son histoire.

Premiers moulins banaux : utilisation du vent

En Nouvelle-France, les premiers moulins à farine, essentiels dans les seigneuries, sont à vent. Ils sont moins chers à construire que les moulins à eau. Les deux moulins à vent recensés dans la seigneurie de Bonsecours sont disparus. Le premier a fait son apparition vers 1683. On a la certitude de son existence jusqu’en 1699, date où il a été vendu par la famille Bélanger aux prêtres du Séminaire de Québec. Il était situé dans une anse près du fleuve, mais on ne sait pas précisément où.

De 1710 à 1743, il n’y a aucun moulin banal à L’Islet. En 1743, un autre moulin à vent est bâti tout près de l’église par Pierre Bélanger, seigneur, lors d’une entente avec son neveu Jean-François. En 1813, le curé Jacques Panet achète le moulin, puis il disparaît des documents. Les moulins à vent sont peu à peu abandonnés car ils ne résistent pas aux rudesses de l’hiver.

Vers la construction du moulin seigneurial

L’entente de 1743 spécifiait non seulement la construction du moulin mentionné ci-haut, mais elle mentionnait également que Jean-François Bélanger avait à bâtir un moulin à eau au deuxième rang. En 1757, ce dernier en édifie un, non pas à l’endroit convenu, mais sur le domaine seigneurial. Ce moulin prendrait sa force dans le ruisseau Bélanger, à l’Anse-à-Gilles. Il aurait servi de moulin banal brièvement. On sait qu’il existait encore en 1856 et qu’il était en service. Il ne semble plus exister aujourd’hui.

Finalement, le moulin à eau projeté en 1743 sera bâti au deuxième rang vers 1763, vraisemblablement sur les terres de Joseph Fortin. Ce sera le « vrai » premier moulin seigneurial de L’Islet. Il se situe sur le bras ouest de la rivière Tortue, celui que l’on nomme aujourd’hui la rivière du Petit Moulin.

Ce moulin cause plusieurs conflits dans la seigneurie : des censitaires amènent le seigneur Jean-François Bélanger au tribunal militaire pour l’empêcher de se rendre à son moulin qu’il a fait bâtir dans leurs terres. Le tribunal donnera raison au seigneur. Cependant, ce moulin a obligé en 1763 la construction de la route Cugnet (nommée après le voyer qui l’a marquée) pour qu’on puisse se rendre au moulin. Cette route est aujourd’hui… le boulevard Nilus-Leclerc!

 

Le moulin seigneurial d’Alis

Barthélémy Aliffe, appelé communément Bertrand Alis, achète des parts dans la seigneurie et devient coseigneur de Bonsecours en 1770. La même année, il fait rebâtir le moulin de Jean-François Bélanger, en accord avec ce dernier. Philippe Fortin est sommé de rebâtir le moulin au deuxième rang et de le livrer le 25 août 1771. Bélanger et Alis contribuent financièrement à la construction. Une question surgit : l’ancien moulin a-t-il été détruit? Probablement, mais nous ne le savons pas.

Le nouveau moulin est surnommé le Moulin des Belles-Amours. À l’époque, on nommait déjà le deuxième rang « Belles-Amours ». En 1796, la seigneurie et son moulin sont vendus au marchand James McCallum. Le moulin est trouvé dans un piteux état par McCalllum : il s’agit peut-être d’un manque d’entretien par Alis. En 1803, le nouveau seigneur le loue au meunier Archibald McCallum, puis à un autre meunier, en 1812.

Par la suite, on perd la trace du moulin. McCallum lègue à ses trois fils la seigneurie de Bonsecours en 1825, puis Pierre Casgrain la rachète en 1827. De nouveaux moulins seigneuriaux sont construits par la suite sur la rivière Tortue en 1841 (Auberge des Glacis) et en 1846 sur la rivière Bras Saint-Nicolas (le Grand Moulin). Le régime seigneurial est aboli en 1854 et les moulins passent à des particuliers.

 

… Le moulin réapparaît

L’histoire du moulin seigneurial des Belles-Amours m’a mis la puce à l’oreille quant à l’identité de ce dernier. On connaissait déjà ce moulin, du moins dans sa version plus récente. Il s’agit bien sûr… du moulin Calixte Thibault! Voici mon hypothèse.

Selon cette hypothèse, le moulin seigneurial, après une période floue, serait passé aux mains de Calixte Thibault vers 1860. Il est resté dans la famille Thibault jusqu’à l’incendie du moulin en 1922. Celui-ci a alors été laissé à l’abandon, bien que certaines pierres aient été utilisées pour bâtir quelques maisons. Les ruines de ce moulin se trouvent aujourd’hui dans le boisé entouré par la sortie 400 de l’autoroute 20 est.

Le moulin des Belles-Amours, ou Petit Moulin, peut être relié aisément au moulin Calixte Thibault. Ce dernier se retrouvait sur la rivière du petit moulin, qui tire son nom, selon toute vraisemblance, du moulin seigneurial. Le moulin Thibault se trouve tout près de la route 285 construite pour lui, en haut du deuxième rang, dans le même secteur que le moulin des Belles-Amours. L’éloignement du rang s’explique par le fait que les moulins devaient être éloignés des maisons en raison du bruit des meules. Les épais murs de pierre des champs, et non en pierres taillées comme l’Auberge des Glacis (1841), témoignent que le moulin fut bâti à une époque antérieure à la famille Thibault.

La nouvelle histoire du moulin seigneurial

Si on combine les deux histoires du même moulin, on peut conclure que le moulin des Belles-Amours, ou Petit Moulin, a été construit en 1763 par le seigneur Jean-François Bélanger, rebâti par Bertrand Alis en 1770, acheté par James McCallum en 1796, repris par Calixte Thibault, puis a finalement été détruit par le feu en 1922.

Mon hypothèse est peut-être erronée, mais elle semble tenir la route. Parfois, les documents anciens se contredisent eux-mêmes et il est impossible d’affirmer avec une absolue certitude que les deux moulins étaient en fait le même.

Et aujourd’hui?

Le moulin est à l’abandon depuis bientôt 100 ans. Son emplacement, soit dans le boisé entouré par la sortie de l’autoroute 20 est, n’est pas des plus enviables. J’aimerais que le site puisse être nettoyé des branches et des arbres morts tombés pour que le moulin soit plus visible et que les lieux soient faciles et sécuritaires à visiter. Il faudrait aussi trouver des solutions à long terme pour sa protection. Le terrain appartient au MTQ, ce qui empêche beaucoup d’efforts de sauvegarde tant sur le terrain que sur papier.

Vous pouvez visiter le Petit Moulin en empruntant un petit sentier sur la rive ouest de la rivière, près de la route desserte, dans la sortie de l’autoroute.

Sources :

  • BÉLANGER, Raymond. François Bellenger, seigneur de L’Islet de Bonsecours, les Presses de l’Université Laval, Québec, 2010, 445 pages.

  • Site internet Bibliothèque et Archives nationales du Québec.






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