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Maison Dion
par Guylaine Hudon le 2021-11-24

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Photo de Victor Hugo avec ses deux petits-enfants Jeanne et Georges.

Photo : Collection Maison Dion.


À l’automne, chaque année, ce ver d’oreille me revient.

En 2021, à l’approche de novembre qu’on dénommait le mois des morts, j’étais nostalgique. Cette fois-ci, dans la bibliothèque de la Maison Dion, je m’apprêtais, en tant que Raton Liseur, à reclasser la fabuleuse collection de livres que mon grand-père avait mis des années à rassembler quand ce petit ver m’est encore revenu… Soudain, sous une pile de fascicules je vis : L’Art d’être grand-père.

J’avais déjà trouvé deux grandes œuvres de Victor Hugo : Les Misérables et Notre-Dame de Paris que de nouvelles générations ont connues grâce à la comédie musicale de Richard Cocciante et Luc Plamondon. En feuilletant rapidement, étonnée, j’y découvre un Victor Hugo octogénaire regardant vivre ses petits-enfants et qui redécouvre lui-même toute la douceur et l’espièglerie du monde de l’enfance. Ce vieil auteur fragilisé, comme nous tous, par les épreuves de la vie nous décrit dans le moindre regard et le plus simple geste des tout-petits, les plaisirs de jouer dans la nature et sa beauté. Depuis ce livre publié en 1877, combien de temps a passé, aussi combien de guerres ont guerroyé?

Et la pandémie pourtant nous aura montré comment l’humanité n’a guère avancé tant une multitude d’enfants, de femmes et d’hommes ont été et sont toujours refoulés derrière des frontières et des murs souvent inventés. Et alors que le 11 novembre, on suggère une minute de silence en souvenir des deux dernières guerres mondiales, j’ai pensé et osé espérer, comme mon grand-père, qu’au nom de la dignité humaine nous gardions comme la nature, au lieu d’une seule minute, tout un hiver de silence.

Mais les humains sont tous frères; même mon grand-père plutôt que de se taire comme nous devant nos écrans aurait préféré pour libérer tous ces pays criblés de bombes et de fusillades, chanter cette Chanson des rues composée par Victor Hugo :

Plutôt gambader sur l’herbe

Que d’être criblé de plomb!

Le nez coupé, c’est superbe;

J’aime autant mon nez trop long.

Décoré par mon monarque,

Je m’en reviens, ébloui,

Mais bancal, et je remarque

Qu’il a ses deux pattes, lui.

La jambe de bois est noire;

La guerre est un dur sentier;

Quant à ce qu’on nomme gloire,

La gloire, c’est d’être entier.

Fils, j’aimerais que mon prince,

En qui je mets mon orgueil,

Pût gagner une province

Sans me faire perdre un œil.

Et cela pour des altesses

Qui, vous à peine enterrés,

Se feront des politesses

Pendant que vous pourrirez,

Depuis six mille ans la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs.

Andrée Pelletier

Le Raton Liseur








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