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Des moulins et des gens d'ici
par Guylaine Hudon le 2021-03-19

Le moulin Charles-Antoine St-Pierre, l’Auberge des Glacis

Le moulin Charles-Antoine St-Pierre, fêtera bientôt ses deux cents ans d’existence et de bienveillance dans notre milieu.

Son histoire commence le 14 octobre 1841, devant le notaire G A Verreau, par cet acte :

Cession et abandonnement par Geneviève Bélanger veuve de Joseph François Couillard Després écuyer, Jean Baptiste Couillard Després écuyer, capitaine de milice et Sieur Joseph Narcisse Martin et Dame Scholastique Caron, son épouse, tous demeurant en la paroisse Notre-Dame Bonsecours L’Islet, lesquels en leur qualité de seigneurs de la dite seigneurie de L’Islet St-Jean, ont par les présentes, cédé, transporté au sieur Joseph Aubut, menuisier de la paroisse Notre-Dame Bonsecours de L’Islet, fils du sieur Bénoni Aubut, à savoir :

Tous les droits et privilèges que les dits cédants peuvent avoir dans la Seigneurie L’Islet St-Jean d’ériger et de cons-truire un moulin à farine.

Le dit Joseph Aubut promet un moulin à farine d’une manière convenable à tout égard.

Et Joseph Aubut construit le moulin à farine, à trois moulanges, alimenté par l’eau de la rivière Tortue, situé entre le 2rang et le 3rang de L’Islet. D’ailleurs, le recensement de 1851 confirme la construction et le bon fonctionnement du moulin.

Un moulin à farine (banal) et bâti par les Aubut de L’Islet. Il a été bâti en partie par eux-mêmes et de pierres de rang. Ce moulin est estimé à L 1300(1) courant et peut donner un revenu de L 150 par année. Les trois moulanges qu’il contient sont mues par une roue de 36 pieds de diamètre et font de la belle farine comme ceux de M. Casgrain. Un moulin à carder qui coûte L 125 et qui donne environ L 20 par année. Sur le même emplacement il y a aussi un moulin à battre le grain. L’eau de la rivière appelée le Bras est la force motrice de ces 3 moulins.4 à 5 hommes.


Le moulin à farine au temps de Charles-Antoine St-Pierre. Photo St-Eugène D’entre nous jusqu’à vous, album souvenir 1992 p. 95


Le moulin à farine et à grains

Cette même année, 1851, Joseph Aubut épouse Adèle Caron. Malheureusement en 1859, il décède subitement à 57 ans. Sa veuve se remarie en 1861 à Calixte Couillard qui prend les rênes du moulin. En 1869, Joseph Narcisse Martin dit Beaulieu entre en scène en acquérant la propriété. En 1874, il en vend les deux tiers à Louis-Marie Caron. Incendié en 1882, le moulin est reconstruit par les deux copropriétaires. En 1882 également, Joseph Beaulieu vend sa part restante, un tiers, à Exaucil Leclerc, meunier de L’Islet. En 1899, ce dernier devient propriétaire unique, en achetant le moulin, moins le tiers qu’il détenait déjà. Il exerce son métier de meunier jusqu’à son décès en 1914, à 64 ans. L’année suivante, Aglaé Adélaïde Caron, sa veuve, vend la propriété à Auguste Ouellet de L’Islet. Quinze ans plus tard, en 1930, Ernest St-Pierre, meunier de L’Islet l’acquiert. En 1948, Charles-Antoine, son fils, en prend possession, l’opère pendant 30 ans puis en fait donation à son fils Marcel en 1978. Mais ce dernier décède d’un accident d’automobile en 1979.

En 1960 environ, le moulin est mû par un moteur diesel. En 1977, le dernier meunier Charles-Antoine St-Pierre y moud, broie et mélange 1 500 000 livres de grains, correspondant à la moyenne des dernières années. Ces grains proviennent des récoltes des cultivateurs d’ici pour nourrir leur bétail. Les activités du moulin cessent en 1979.


L’Auberge des Glacis 2002. Photo : Le Devoir, 31 août 2002, p. 4.


Maintenant devenu l’Auberge des Glacis

L’histoire continue. En 1985, Manon Bourgault et Simon Deschênes achètent la propriété, aménagent le grand terrain et transforment le moulin en belle auberge, ouverte en 1989 sous le nom de Clos des Glacis. De 1990 à 1993, Jean-Marie et Jeannine Gagnon, propriétaires, la renomment Auberge des Glacis. De 1993 à 2006, Micheline Sibuet et le chef Pierre Watters intègrent des produits locaux à leur table et aménagent un réseau de sentiers pédestres. En 2006, Nancy Lemieux et André Anglehart achètent le domaine, agrandissent l’auberge en 2010 en ajoutant 6 chambres aux 10 existantes. Récipiendaire de grands prix depuis quelques années, l’Auberge des Glacis, se fait connaître et reconnaître de belle façon.

On peut se réjouir en 2021, que ce fleuron de notre patrimoine local ait été jalousement conservé, adapté aux besoins et développé pour offrir encore aujourd’hui beautés, couleurs et saveurs aux gens d’ici et d’ailleurs. Merci à tous ceux et celles par qui cet héritage nous est parvenu.


L’Auberge des Glacis, après l’agrandissement de 2010. Propriété actuelle de Nancy Lemieux. Photo : Internet.


Jeanne-Aimée Bélanger

(1) L : louis (monnaie sur les contrats anciens).


Sources :

GA Verreau NP 1841; PC Fournier NP 1869; JE Casgrain NP 1874; C Marcotte NP 1882; C Leclerc NP 1897, 1899; H Boisvert NP 1915; JAP Jean NP 1930; EM Miville Deschênes NP 1948; Dépliant Auberge des Glacis; Registre microfilmé St-Jean-Port-Joli 1851, Registre paroissial Notre-Dame de Bonsecours 1859 et 1861; L’Islet 1677-1977 Mgr Léon Bélanger p 173; Le Soleil, 17 sept 2011; L’Oie Blanche, 19 avril 2017.




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