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La petite histoire de L'Islet
par Guylaine Hudon le 2020-11-19

Ti-Loup Caron

Après avoir partagé l’histoire de Wilfrid Caron dans mon récit Ce qui se passe dans le Grand-Nord…doit rester dans le Grand-Nord… j’ai appris que son histoire n’était pas inédite. Un livre a été écrit par Magdelaine Bourget en 2010, son lancement a d’ailleurs eu lieu au Musée Maritime du Québec. Ce bouquin s’intitule : Quvviunginnaq (en passant je dois vous avouer que je préfère de loin l’écrire que de le prononcer) ce qui veut dire : une larme à l’œil en Inuktitut.

Après quelques recherches infructueuses pour me procurer ce fameux livre, je me suis finalement résigné à donner un coup de fil à l’auteure dont le numéro de téléphone accompagnait tout simplement les informations que l’on peut retrouver sur le « net » à propos de cet ouvrage. Hélas, il ne lui en restait aucun à vendre, ayant donné le dernier à une de ses nièces. J’ai finalement pu emprunter celui qui avait été dédicacé au Capitaine Martin Caron qui avait apporté une aide précieuse à l’auteure avec ses connaissances particulièrement approfondies sur l’histoire maritime du Québec et celle de L’Islet en particulier. Je dois dire qu’il s’agit d’une œuvre littéraire qui a fait l’objet d’une recherche colossale et très précieuse pour nous L’Isletains car elle relate, entre autres, dans ses moindres détails, comment se passait une expédition en mer à bord du CGS Artic, avec nul autre que Joseph-Elzear Bernier à la barre. J’ai donc demandé à Mme Bourget, par la même occasion, son autorisation pour vous faire un petit condensé de l’histoire de Wilfrid Caron, car malgré tous ses efforts fournis pour perpétuer sa mémoire, je constate qu’en dix ans, on recommence déjà à perdre sa trace. Ce a quoi elle m’a répondu par l’affirmative et je la remercie grandement.


Wilfrid (Ti-Loup) Caron à 17 ans. Photo : BAnQ


Wilfrid Caron est né en 1887, bien entendu dans la paroisse de Notre-Dame-de-Bonsecours. Il n’a que douze ans quand son père Joseph Caron, maître tanneur de L’Islet, se noie dans le fleuve lors d’une partie de chasse particulièrement bien arrosée. La chaloupe où il prend place, avec trois comparses, chavire et l’on ne retrouvera les corps que trois jours plus tard, sur les berges du fleuve à la hauteur de Ste-Anne-de-La-Pocatière. Wilfrid est le bébé de la famille; il a un frère de quatorze ans son aîné et dix grandes sœurs qui le chouchoutent terriblement. Sa mère, Philomène Boucher était la cousine du capitaine Bernier. Celui-ci leur rendait visite à l’occasion et avait pris en affection Ti-Loup (surnom qui avait été attribué à Wilfrid) et d’autant plus depuis la perte de son paternel. Wilfrid admirait le capitaine et les aventures qu’il racontait le faisaient déjà rêver sans savoir qu’il en ferait un jour partie!

Ti-Loup est un garçon enjoué et espiègle qui ne manquera pas de se faire remarquer par son jeu d’harmonica. Il aime la chasse et la pêche, activités grandement pratiquées par les gens du coin. Il travaillera comme débardeur au quai de L’Islet, comme durent le faire une foule de L’Isletains au temps où le quai était l’un des plus imposants de la région et que nous ne pouvons maintenant malheureusement admirer qu’en photo. Mais le rêve de Ti-Loup est toujours et encore d’accompagner le capitaine Bernier dans ses aventures rocambolesques.

Il faut dire, qu’à cette époque, l’appel du large faisait partie d’une tradition maritime bien installée depuis plusieurs années à L’Islet. Malgré tous les risques que cela comportait, plusieurs marins de la paroisse ayant péri en mer ou s’en étant sortis avec des conséquences funestes comme le célèbre loup de mer de L’Islet, Auguste Lebourdais, cousin du capitaine Bernier, ce colosse à qui l’on dut couper les deux jambes à l’égoïne, alors qu’il fut l’unique survivant du naufrage du Wasp sur les récifs qui entourent les Iles-de-la-Madeleine. Les jeunes hommes qui grandissent à L’Islet sont obnubilés par les histoires que leur racontent leurs pères, oncles, cousins et grands frères lorsqu’ils sont de passage à la maison et rien ni personne ne pourra les retenir.

Les Frères des Écoles Chrétiennes qui dirigent le Collège de L’Islet ne sont pas insensibles à cet engouement et donnent des cours de navigation et d’anglais pour faciliter le passage des futurs marins, notamment de L’Islet, à des rangs supérieurs, l’anglais étant un atout dans le domaine et le certificat de Capitaine au long cours ne se donnant exclusivement qu’à Londres à cette époque.

C’est au printemps 1909 que le rêve de Wilfrid prendra forme, il est alors âgé de 23 ans. Le Capitaine Bernier se prépare à poursuivre l’expédition pour laquelle il a fourni bien des efforts pour réussir à obtenir le financement du gouvernement fédéral. Il donna maintes et maintes conférences pour expliquer sous toutes ses facettes le bien-fondé et l’urgence de prendre possession d’une grande partie de l’archipel arctique et de l’occuper autant que cela sera possible. Mais cette fois-ci, la mission du capitaine sera de percevoir les droits de douane aux chasseurs de baleines étrangers, en plus d’agir comme juge de paix. Un historien-photographe, un météorologue, un prospecteur et un apprenti-géologue viendront compléter les effectifs de l’équipage.

Ti-Loup sera engagé comme simple matelot; il recevra une liste d’articles dont il devra s’équiper pour être adéquatement préparé aux conditions extrêmes de cette longue aventure. Ses bagages comprendront entre autres : des mitaines, des bas, des sous-vêtements, des pantalons, des bottes, des skis, un sac de couchage, sans oublier son précieux harmonica! Il dut cependant emprunter 75 $ à son frère Ernest pour se munir d’un bon paletot d’hiver. Sa rémunération sera de 30 $ par mois et autant vous dire qu’il n’aura pas droit à des traitements de faveur malgré le lien qui l’unit au capitaine.

À suivre…

Jérôme Pelletier




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