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Le moulin seigneurial de Bonsecours ou moulin Calixte Thibault (1763-1922) : l’histoire complète
par Guylaine Hudon le 2020-03-23

Le mois dernier, on a présenté les démarches pour la construction du moulin seigneurial débutées en 1743. Ce mois-ci, on détaille la construction du moulin, qui a finalement lieu 20 ans plus tard.

La construction du moulin et de sa route

Le moulin à eau projeté dans l’entente de 1743 est finalement construit, selon Raymond Bélanger, à l’automne 1763 au deuxième rang sur la terre de Joseph Fortin. Le bâtiment en pierre est situé environ au centre du lot, à mi-chemin entre les deuxième et troisième rangs. Il s’alimente sur un bras de la rivière Tortue, aujourd’hui appelée la rivière du Petit Moulin.

Pour accéder au moulin, il faut désormais construire une route publique partant du premier rang (route 132) et montant jusqu’au moulin, sur une distance d’environ 63 arpents. Le 28 juillet 1763, le grand voyer François-Joseph Cugnet se déplace à L’Islet à la suite d’une ordonnance du gouverneur James Murray pour tracer cette route. Après consultation des habitants, il est convenu que le chemin passera entre les terres de Pierre Bélanger, fils et les héritiers de François Fabas dit St-Louis au premier rang, et celles de Louis Côté et Michel Théberge au deuxième rang. Le chemin de 24 pieds de largeur avec des fossés de 3 pieds doit être bâti lors de corvées par les censitaires de la seigneurie.

Cette route que le grand voyer Cugnet trace en juillet 1763 correspond aujourd’hui au boulevard Nilus-Leclerc. Cette route a donc été ouverte à l’origine pour accéder au moulin seigneurial, qui est d’ailleurs situé tout près de celle-ci. Autre fait intéressant, les terres du deuxième rang où se trouvait le moulin portaient à l’époque le nom de Concession Saint-François. Il faut croire que ce nom a été oublié lors de la création de L’Islet-Station, dont sa chapelle a été originalement dédiée à Saint-Omer (plus tard Sacré-Cœur).

Tensions autour de la route

La route que Cugnet trace en 1763 cause rapidement des tensions dans la seigneurie Bonsecours. Le 28 janvier 1764, les censitaires de la deuxième concession concernés par la construction du chemin et du moulin, soit Louis Côté, Michel Théberge, Jean Tondreau et Joseph Fortin, somment le seigneur Jean-François Bélanger de se rendre au tribunal militaire pour l’empêcher de circuler sur leurs terres pour se rendre à son moulin. Après de longs débats, le verdict des juges est rendu le 20 juin 1764. Ceux-ci tranchent en faveur du seigneur car, selon la sentence, le moulin est de nécessité publique et les censitaires plaignants ont implicitement consenti au passage de Bélanger sur leurs terres en cédant volontairement une portion de leur censive pour la construction du chemin.

Par la suite, une sentence du 21 juillet 1765 dédommage, à la hauteur de leurs contributions respectives, les quatre censitaires plaignants ayant fourni une portion de leur terrain. Ce dédommagement met un terme aux querelles pour quelques années.

Reconstruction du moulin

Le 1er mai 1770, Jean-François Bélanger vend la moitié de ses parts dans la seigneurie et dans le moulin à Barthélemy Bertrand Alif (1729-1809). Son autre demi-part dans la seigneurie est vendue au coseigneur Jean-Baptiste Parisy le 15 mai 1771. Bélanger conserve toutefois sa demi-part dans le moulin, qui devient donc propriété à parts égales de Jean-François Bélanger et Bertrand Alif.

Le contrat de vente de 1770 comprend également une entente de reconstruction du moulin entre Bélanger et Alif. Le moulin doit être reconstruit par Alif à ses frais, qui se remboursera avec les frais de mouture que Bélanger lui cédera. Une fois toutes les dettes réglées, Bélanger et Alif se sépareront les profits à parts égales. Cette reconstruction concerne vraisemblablement le mécanisme du moulin seulement, non pas le bâtiment au complet. Par contre, s’agit-il de l’ajout d’une ligne de production additionnelle ou le remplacement de celle déjà existante?? L’histoire ne le dit pas.

Le moulin est donc reconstruit en 1771-1772 par un certain Philippe Fortin pour une somme de 600 livres. Selon le contrat de travail de Fortin, le seigneur Bertrand Alif s’engage à fournir l’arbre, le cadre des moulanges, huit planches de 18 pouces de large par 10 pieds de long, le plâtre, les clous et le cercle en fer de la meule. De son côté, Philippe Fortin doit fournir les plans, construire une moulange et vérifier les mouvements avant le 25 août 1772. Le tout est construit à l’atelier de Philippe Fortin et transporté par la suite au moulin, avec les chevaux de ce dernier et une voiture fournie par Bertrand Alif.

Le moulin seigneurial est maintenant construit et pleinement opérationnel pour les besoins des censitaires.

Le mois prochain, on poursuit l’histoire de ce moulin à farine jusqu’à la fin du régime seigneurial.

Tristan Morin


François-Joseph Cugnet, grand voyer, trace la route pour accéder au moulin seigneurial en juillet 1763. Cette route correspond aujourd’hui au boulevard Nilus-Leclerc. Photo : Wikimédia Commons.




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