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Des moulins et des gens d'ici
par Guylaine Hudon le 2020-02-13

Le moulin seigneurial de Bonsecours ou moulin Calixte Thibault

(1763-1922) : l’histoire complète

Première partie

Vers la construction du moulin

(1743-1763)

Le moulin Calixte Thibault, du nom de son dernier propriétaire, est un ancien moulin à farine mû par l’eau de L’Islet. Ancien moulin banal de la seigneurie Bonsecours, il a aussi déjà porté le nom de Moulin des Belles-Amours, de Petit Moulin, ou encore de Vieux Moulin. Ses vestiges sont désormais sis dans le boisé entouré par la bretelle de la sortie 400 de l’autoroute 20 est, sur la rive ouest de la rivière du Petit Moulin. Bien avant de se retrouver en ruines dans ce fâcheux emplacement, il a longtemps été un point central de l’économie agricole de la seigneurie de Bonsecours.

Cet article est le premier d’une série de cinq qui présentera l’histoire complète de ce moulin. Ce récit reprend entre autres des éléments des recherches de M. Raymond Bélanger dans son ouvrage François Bellenger seigneur de L’Islet-de-Bonsecours, pour la période du régime seigneurial (jusqu’en 1854), en plus de nouveaux éléments provenant de mes recherches personnelles.

Le régime seigneurial à L’Islet

D’abord, quelques petites précisions sur les seigneuries à L’Islet. Le territoire actuel de la municipalité de L’Islet couvre exactement les anciennes seigneuries de Bonsecours et L’Islet–Saint-Jean, concédées par Frontenac en 1677. La limite entre les deux correspond à une ligne que l’on trace entre l’église et le presbytère de Notre-Dame-de-Bonsecours jusqu’au fronteau de Saint-Cyrille. La portion ouest, vers Cap-Saint-Ignace, est occupée par la seigneurie Bonsecours, tandis que la portion est, vers Saint-Jean-Port-Joli, est occupée par la seigneurie L’Islet Saint-Jean. La seigneurie ici visée est celle de Bonsecours, concédée à l’origine à François Bélanger.

Bien que ces deux seigneuries soient réunies dans une seule et même paroisse sous le vocable de Notre-Dame-de-Bonsecours à partir de 1721, elles restent indépendantes l’une de l’autre. Elles ne sont pas propriété des mêmes seigneurs et les établissements seigneuriaux comme le moulin à farine sont séparés.

Il faut aussi savoir qu’à l’époque une seigneurie pouvait avoir plusieurs coseigneurs qui possédaient chacun une portion géographique de la seigneurie et qui y percevaient donc les rentes seigneuriales des censitaires sur leurs parties respectives.

Vers la construction du moulin

L’histoire du moulin Calixte Thibault commence en 1743 : à cette époque, la seigneurie de Bonsecours ne possèdait pas de moulin à farine banal. Les censitaires ne peuvent faire moudre leur grain, alors que le système seigneurial en place en Nouvelle-France leur garantit un moulin public construit et géré par le seigneur.

Le 12 mai 1743, une convention privée est signée entre le seigneur Jean-François Bélanger (1713-1772), arrière-petit-fils du pionnier François Bélanger, et son oncle Pierre Bélanger (1700-1762) pour la construction de deux moulins dans la seigneurie Bonsecours.

Par cette entente, Pierre s’engage à construire un moulin à vent près de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours, à condition que Jean-François bâtisse un moulin à eau au deuxième rang sur la rivière coulant sur la terre de Joseph Fortin. Le moulin à vent de Pierre Bélanger est rapidement bâti la même année et survivra jusque dans les années 1860.

Le moulin à eau du seigneur tarde quant à lui à être construit. Le 26 septembre 1757, Jean-François Bélanger s’associe à son frère jumeau Jean-Baptiste pour la construction de son moulin au printemps 1758, non pas au deuxième rang comme prévu, mais sur les terres du domaine Bélanger. Ce domaine est situé un peu à l’ouest de la route Cendrée-Lafeuille, 15 arpents de large et s’étend sur toute la profondeur de la seigneurie (jusqu’à Saint-Cyrille). Un petit ruisseau intermittent passe sur cette terre, au premier rang, sur lequel est probablement bâti ce moulin.

Toutefois, ce faible ruisseau n’est vraisemblablement pas suffisant pour ce moulin à eau, car le seigneur Bélanger projette rapidement de le déménager. Lors du rachat des droits de ses frères et sœurs dans le moulin du domaine le 14 juin 1760, le seigneur Bélanger signifie son intention de le transporter sur la rivière au deuxième rang. Jean-Baptiste Parisy (1711-1781), coseigneur depuis 1757 par l’achat d’une partie des droits seigneuriaux de Jean-François Bélanger, exige le déménagement du moulin devant le tribunal militaire en 1761 suite au non-respect de l’échéance de remboursement d’un prêt à Bélanger.

Le moulin sera finalement construit à l’automne 1763 à l’emplacement initialement prévu au deuxième rang, ce qui sera présenté le mois prochain.

Tristan Morin


Ce qu’il reste du moulin seigneurial aujourd’hui. Photo : Tristan Morin.





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