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La petite histoire de L'Islet
par Guylaine Hudon le 2019-12-20

Un  baron s'installe à L'Islet

Si vous allez faire un tour dans le cimetière de L'Islet, vous verrez peut-être une des stèles des Koenig. Ce nom se démarque assez bien au travers des Caron, Bélanger, Cloutier, Kirouac, Lamarre ou Bernier que vous apercevrez en plus grand nombre. Qui sont ces Koenig? D'où viennent-ils? Comment sont-ils arrivés à L'Islet?

Ce nom de famille provient de Prusse (Pologne/Russie), un territoire d'Europe nord oriental germanisé par les chevaliers teutoniques de 1701 à 1871, puis par la suite incorporé à l'Allemagne. La Prusse n'est pas un état qui possède une armée mais une armée ayant conquis une nation.

La présence d'un Koenig pour la première fois à L'Islet remonte aux alentours de l'an 1800. Le baron Edmond-Victor Von Koenig (König) appartient à une famille importante de Prusse, d'ailleurs la capitale de Prusse se nommait Koenigberg, actuelle ville Russe de Kaliningrad au bord de la mer Baltique.

Né en 1753 à Osterwiek, le jeune Victor est amené à suivre les traces de son père dans l'armée Allemande dès l'âge de 12 ou 13 ans. Lors de la révolte des colonies américaines en 1775, l'Angleterre fait appel à des troupes de mercenaires allemands, c'est ainsi que Edmond-Victor met le pied à Québec en 1776, il a alors 23 ans. Il est lieutenant sous les ordres du major général Freidrich Adolph Riedesel et il fut blessé au bras droit lors d'hostilités à Stillwater dans l'état de NewYork.

En 1782, il se marie à Marie-Louise Jean de Neuville. À la fin du conflit américain à l'été 1783, il obtient son congé et décide de s'installer à Québec cherchant vainement du travail. Mais, sachant que son avenir dans son pays natal ne serait guère mieux et ayant déjà été chirurgien lorsqu'il était dans l'armée, il tente sa chance comme médecin de campagne à Sainte-Anne-de-La Pocatière puis à Saint-Roch-des-Aulnaies. Ensuite il s'installe à L'Islet, en 1803; sa famille compte déjà huit enfants, leur situation financière est alors des plus précaire si on en croit l'inventaire de ses biens fait la même année alors qu'il doit emprunter pour leur subsistance.

Cet emprunt n'aurait pas été nécessaire s’il avait réussi à toucher sa part d'un héritage du côté européen. Frédéric-Guillaume, son frère, fut chambellan (gentilhomme) du roi de Prusse, en mourant il lui lègue une assez forte somme. C'est un Monsieur de Beauregard qui sera mandaté pour récupérer cette somme avec en main une procuration du baron. On ne sait trop ce qui s'est passé mais il semble qu'il n'ait réussi à avoir qu'une infime partie de ce qui lui revenait. En janvier 1827, un autre de ses frères décède et lui laissa une certaine somme, Louis-Daniel de Koenig (troublant de voir tant de prénoms français en Prusse) était colonel dans l'armée Prusse. Cette fois-ci, ce fut le consul d'Angleterre à Hambourg qui fut chargé des intérêts du baron qui lui, ne verra jamais la couleur de cet argent, la question n'étant pas encore réglée en 1840, soit sept ans après son décès. Il avait par contre réussi à obtenir 2 400 acres de terre (on ne sait trop où) pour les 18 années de service dans l'armée en 1800, ainsi que le poste d'instituteur dans les écoles Royales. C’est à l'époque de l'établissement du régime anglais et la situation scolaire à ce moment au Bas-Canada est des plus pitoyables, l'analphabétisme étant quasi-généralisé dans la vallée du Saint-Laurent, faute d'instituteurs et de fonds.

L'école où il enseignera à L'Islet sera sa propre maison, ce qui lui rapportera 60 livres par année jusqu'en 1822. Une pension d'instituteur lui sera par la suite versée jusqu'en 1831, année où l'Institution Royale supprimera cette rente à défaut de fonds.

Sa première épouse décède en 1809 à l'âge de 50 ans et sera inhumée à L'Islet. Il se remariera en 1819 à Marie-Céleste Guichard (dit Bourguignon) à l'église de Saint-Jean-Port-Joli, un calcul rapide nous révèle qu'il avait alors 66 ans.

Le Baron Koenig avait pour contemporain le curé Jacques Panet, que l'on qualifie d'archiprêtre dans le greffe du notaire Germain-Alexandre Verreau, notaire de L'Islet, qui rédigea l'acte de notoriété du baron Koenig le 28 février 1933. Dans cet acte on peut y lire qu’il ...jouissant d'une bonne santé et de toutes ses facultés intellectuelles... Malgré cela, il décèdera le 17 juillet de la même année à l'âge de 79 ans, âge vénérable pour l'époque. Et à l'instar de ses compatriotes allemands, il s'est bien intégré à la population francophone. Mais ses qualités en tant que médecin et d'instituteur sont mitigées, il n'aurait jamais obtenu de licence de médecin pour pratiquer, on le dit chirurgien mais à cette époque, il suffisait d'être un manuel au coeur solide et vous obteniez le titre de "chirurgien-barbier" pour exécuter quelques interventions sommaires. Mais le plus affligeant est que malgré son titre d'instituteur, ses enfants ne sauront même pas signer leur nom!

L'histoire des Koenig ne s'arrête pas là, ne manquez pas la suite le mois prochain dans La petite histoire de L'Islet.


Jérôme Pelletier


Sources :

- Nosorigines.qc.ca

- Dictionnaire bibliographique du Canada

- Les immigrants allemands par Angèle Gagnon

L’épitaphe de la Famille Arthur Koenig Pilote. Photo : Jérôme Pelletier.





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