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La centenaire de 1939
par Guylaine Hudon le 2019-11-12

Il m'arrive souvent de me demander comment était le quotidien des pionniers de L'Islet. À quoi ressemblait le paysage que pouvaient admirer les premiers résidents? Y avait-il des éclaircies ou prairies ou bien était-ce boisé à partir de la grève? Où passaient les premiers chemins, ensuite les premières routes carrossables, etc.?

Je paierais cher pour entendre leur accent typique de la Nouvelle-France, amalgame de dialectes de différents coins du nord de la France et de la Normandie : Mortagne au Perche pour les Cloutier et Bélanger, Notre-Dame de Vair pour les Fortin, Saint-Aubin de Tourouvre pour les Guyon (Dion), Rouen pour les Caron et les Thibeaux (Thibault), Saint-Illier-la ville pour les Gamache, etc. Sûrement que nous-même francophones, aurions du mal à les comprendre.

On peut s'imaginer qu'il faisait bon vivre à Notre-Dame de Bonsecours, et que les affaires y étaient profitables. On apprend que Barthélémy Pouliot originaire de Saint-Jean Ile d'Orléans s'installe à L'Islet et il fait bâtir la gigantesque maison qui abrite maintenant L'auberge de la Marguerite pour y devenir marchand de cette paroisse en 1837. Il devait savoir ce qu'il faisait car, à son décès en 1890, il lègue à ses héritiers une somme estimée à 150 000 $ !

Alors quelle ne fut pas ma surprise quand une de mes amies, recherchiste amateure et passionnée d'histoire, me partage un article de journal paru dans Le Soleil du mois de juin 1939 qui peut paraître anodin mais qui est en réalité d'une valeur inestimable pour les érudits. L'article s'intitule Mme Herménégilde Mercier aura 100 ans le 17 août 1939. Née Eugénie Lebourdais, elle était la cousine de Auguste Lebourdais, fameux marin de L'Islet qui a dû se faire amputer les deux jambes suite au naufrage du Wasp sur les récifs au nord des Iles de la Madeleine en 1871. Elle avait aussi le même grand-père que le Capitaine J-Elzéar Bernier, lui petit-fils de J. Bte Bernier et de Geneviève Lebourdais.

On y apprend qu'elle jouit d'une excellente santé et d'une parfaite lucidité d'esprit (heureusement pour nous!) La centenaire qui incarne la modestie a formellement défendu qu'on lui organise une fête de grands apparâts préférant une simple réunion avec ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. On raconte que, pour l'occasion, une messe sera tout spécialement célébrée à la chapelle voisine de sa maison, qui fut élevée par des marins qui ont miraculeusement survécu à un naufrage il y a de cela très longtemps. Dès lors, nous savons à deux maisons près où résidait Mme Mercier, soit à l'est, soit à l'ouest de la chapelle. En poussant la recherche à ce sujet, j'ai pu vérifier dans le livre d’Angèle Gagnon, L'Islet, le village de nos ancêtres que la maison à l'ouest de la chapelle a appartenu à Clara Mercier, de 1934 à 1937, et à Estelle Mercier, de 1937 à 1943. Et le journaliste du Soleil mentionne : Mme Mercier fait l'objet de soins touchants de la part des ses deux filles, Mlles Estelle et Clara Mercier. Dossier réglé pour ce point.

Herménegilde Mercier n'aura pas d'autres descendants après son fils Ernest qui, lui, aura une fille, Ernestine, qui se mariera à Sévérin Biron en 1940. Eugénie Lebourdais est donc née à L'Islet, en 1839. Laissons-la nous raconter ses souvenirs par l'intermédiaire de ce journaliste du Soleil qui était en visite à L'Islet ou peut-être même bien, originaire de L'Islet (l'article n'étant pas signé!).

Texte intégral

-Des souvenirs

"Je me suis mariée à l'âge de 19 ans" nous raconte Mme Mercier

"Je vous assure que dans ce temps-là, le village de L'Islet n'était pas gros comme aujourd'hui. Du monument à l'église - tous ceux qui connaissent L'Islet savent de quoi il s'agit quand on parle du monument - il n'y avait que quatre terres mises en culture par les famille Bélanger, Kirouac, Gamache et Lebourdais.

-Le chemin de fer

" Vous vous rappelez sûrement de la période avant l'établissement du chemin de fer?" demandons-nous à Mme Mercier.

"Bien sûr" nous dit-elle" j'avais 18 ans quand j'ai entendu parler de la construction du chemin de fer. Avant les chars, les gens allaient à Québec en été, en goélette ou en calèche".

-La poste

"Et le service postal?"

"Le postillon passait de temps à autre, il faisait résonner sa trompette et on lui confiait les rares lettres qu'on avait alors à maller. Il passait seulement quand il avait des lettres à distribuer, ce qui n'arrivait pas très souvent".

-L'éclairage

Mme Mercier nous parle ensuite de l'éclairage du temps. "On s'éclairait à la chandelle" dit-elle, "une journée d'automne était employée à la fabrication de chandelles pour toute l'année. On coulait dans des moules munis d'une mèche, le suif qui, en se refroidissant, durcissait et se transformait en chandelle d'éclairage. Les lampes à l'huile furent ensuite utilisées, mais leur introduction ne se fit que très lentement. Toutes ces inventions-là, les lampes, le chemin de fer, le télégraphe, ça effrayait les vieux qui croyaient la fin du monde proche".

Bien que cet article ne réponde pas nécessairement à tous mes questionnements, il demeure néanmoins très intéressant d'apprendre le ressentiment des vieux de L'Islet dans les années 1800 par rapport à tous ces grands changements, alors que la lampe à l'huile avait révolutionné l'éclairage à cette époque. Avec un peu d'imagination, on peut presque voir le postillon souffler dans sa trompette en passant « au ras » de l'église, ou bien s'imaginer sur une goélette ou dans une calèche en direction de Québec!

Merci à Sylvie Isabelle pour l'article et ce voyage dans le temps!

Jérôme Pelletier

Sources :

-"L'Islet, le village de nos ancêtres" par Angèle Gagnon

-BanQ

-Mes ailleux.com

Photo de Mme Herménégilde Mercier parue dans le journal Le Soleil, en juin 1939.





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